2002
ANNUS HORRIBILIS
Au soir du 5 mai, à la clôture du championnat, personne ne savait donc exactement de quoi notre avenir serait fait. D1, D2 ou D3? L’angoisse était de mise mais personne non plus ne songeait alors à la disparition pure et simple du club. Non, tout le monde espérait que nous finirions par obtenir la licence et resterions donc en D1. A partir de ce moment-là, je ne compte plus les rendez-vous au siège de l’Union Belge. De reports en reports, les rencontres allaient se multiplier avenue Houba de Strooper. Fini le foot sur le terrain. Les matches se disputaient dans les coulisses de la Fédération. Triste époque…C’est dans ces conditions que je partis en vacances en Egypte. Je dus d’ailleurs sérieusement les écourter pour cause de maladie. Pendant mon absence, qui dura environ une grosse dizaine de jours, la saga molenbeekoise continuait, bien entendu. Le surlendemain de notre ultime victoire, De Prins annonça avoir conclu des accords avec plusieurs investisseurs prêts à s’engager au RWDM. Rengaine connue… Plusieurs d’entre eux exigeaient le départ de De Cock.
Mais ce dernier était toujours là. Quelques jours après, lui et De Prins demandèrent, et obtinrent, l’argent de la vente des t-shirts, ce qui représentait près de 4.000 euros. Une telle somme, si elle est importante pour le commun des mortels, n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan de nos dettes. La décision, que je ne commenterai pas, fut prise de leur donner cet argent… Que devint-il? Il est très peu probable qu’il servit à quoi que ce soit pour le bien du club. Sans doute finit-il à régler des honoraires d’avocats ou quelque chose du style. Une fois de plus, nous avions été bernés et on s’était bien moqué de nous et de notre bonté mise au service de notre amour du club… On parla également d’une collaboration avec le Paris-St-Germain, qui était prétendument prêt à injecter 750.000 euros dans notre club… Etait-ce une fable de plus?
Le 15 mai, le RWDM repassait devant la commission des licences. Trois scénarii étaient encore possibles. Le premier, c’était l’octroi de la licence, et donc la D1. Dans le second, la cession de patrimoine de l’ASBL RWDM vers la SA New RWDM était recevable mais sans apurement des dettes, c’était la D2. Et le troisième, le plus mauvais bien entendu, voyait la cession de patrimoine jugée irrecevable et nous menait en D3. Une fois de plus, le verdict était remis à plus tard…
Le lendemain, le stade Machtens reçut la visite des huissiers qui saisirent le mobilier ainsi que tous les appareils, photocopieuses et ordinateurs entre autres. Et Belgacom coupa la téléphone pour la seconde fois. Electrabel menaçait également de couper l’électricité. C’était l’hallali… Et pendant ce temps-là, Patrick De Cock reçut son C4. Exit donc cet homme qui se faisait fort de sauver notre club mais que les « nouveaux investisseurs » ne voulaient plus voir… Ces fameux investisseurs étaient en fait un groupe formé de Charles Simar (qui se rappelait ainsi à notre bon souvenir…) et d’un certain Pierre Closset, dont je n’avais personnellement jamais entendu parler. De plus, De Cock étant haï à l’Union Belge, De Prins espérait peut-être que son départ allait rendre la Maison de Verre plus clémente à notre égard… Si personne ou presque parmi les employés du club, joueurs et entraîneurs ne toucha son dû, il se murmura que De Cock, lui, avait bel et bien été payé. Et selon les « on dit », dans des circonstances pour le moins douteuses…
L’épisode suivant de ce très mauvais feuilleton eut lieu le 23 mai à l’UB. La décision fut une fois de plus reportée car Beveren, qui avait tout intérêt à ce que notre club soit sanctionné pour sauver sa peau en D1, avait demandé (et obtenu) d’assister aux débats. Nos dirigeants ne désirant pas tout déballer devant leurs avocats, ils demandèrent le report. L’ambiance avait d’ailleurs été houleuse. Les forces de l’ordre avaient été appelées car la présence de dirigeants beverenois avait attisé le courroux de quelques supporters molenbeekois parmi la cinquantaine présents ce jour-là. Tout ce beau monde devait revenir le 29! Mais nous n’avions pas fait le déplacement pour rien. Nous avions pour la première fois découvert l’homme providentiel : Igor Zavgorodni. Qui était ce nouvel homme? C’était un manager russe reconnu par la Fifa et demeurant en Belgique. Gravitant autour du club depuis quelque temps, il y avait été, disait-on, introduit par la commune. Il affirmait pouvoir injecter quelque 3, 5 millions d’euros dans le club mais que, cet argent se trouvant en Afrique du Sud, il lui faudrait le temps de la faire venir en Belgique, via les Etats-Unis. C’était trop beau pour être vrai. Cette somme permettait d’apurer toutes nos dettes et de repartir à zéro. Tous nos malheurs ne seraient alors plus que de mauvais souvenirs. A presque 36 ans, j’avais presque envie de croire à nouveau au Père Noël… Et pendant ce temps-là, une nouvelle passa pratiquement inaperçue : notre équipe espoirs remportait la « Caje Cup », démontrant une nouvelle fois que notre club est riche en talents… Quel gâchis.
Le 29, l’argent n’étant toujours pas arrivé, le RWDM demanda et obtint un nouveau report de 10 jours. L’UB nous l’avait accordé sur base, semble-t-il, de documents prouvant que son acheminement était en bonne voie. Prochain épisode : le 12 juin… En pleine coupe du monde asiatique, la Commission de contrôle jugea la cession de patrimoine irrecevable… La raison principale était que le dossier présenté était loin d’être satisfaisant : en effet, toujours pas d’argent, seulement une lettre de la Bank of South Africa faisant état d’un acheminement de fonds vers les comptes belges d’Igor Zavgorodni. La déclaration officielle de l’UB était la suivante : « L’état introduit de l'actif et du passif n'apparaît ni complet ni sincère, les conditions de cession n'étant pas mentionnées. L'existence d'un plan d'apurement n'est pas établie non plus, seule la déclaration d'intention suspensive étant présente. » De plus, la nouvelle SA New RWDM n’existait toujours pas. D’autre part, Simar et Closset ne voulaient s’engager que si l’argent du Russe arrivait à destination. Un bel imbroglio, qui allait se terminer d’une façon grotesque. C’était la désolation dans nos rangs… La D3 semblait inéluctable.
Pour les joueurs, la situation aussi était catastrophique. Plus payés depuis de longues semaines, certains éprouvaient les pires difficultés à nouer les deux bouts. Pour les Belges, cela allait encore car ils avaient un chez-soi et pouvaient un peu compter sur leurs familles en ces temps difficiles. Par contre, pour les étrangers du noyau, c’était pire. Un supporter me raconta qu’il s’était rendu au secrétariat du club (où il n’y avait pratiquement plus de mobilier et où seul le téléphone fonctionnait encore pour les appels entrants). Là, il rencontra Eric Matoukou, qui s’était vu refuser le couvert au restaurant de la piscine (les joueurs avaient l’habitude de s’y restaurer, le club prenant en charge leurs repas là-bas). Ce supporter donna 50 euros à Matoukou, qui était sans le sou, afin qu’il puisse se nourrir pendant quelques jours. Les appartements loués par le RWDM au « Park Village » pour y loger certains joueurs furent visités par des huissiers de justice. En l’absence des joueurs en question, leurs affaires personnelles avaient été abandonnées à même la rue! Un supporter, Fred « Speaker » (il était depuis quelques années speaker au stade) vécut ces évènements de près : « Je m’étais lié d’amitié avec Ibrahim Kargbo. Ce dernier avait une copine à Anvers, chez qui il logeait. Je l’avais eu en ligne la veille et, m’ayant promis son maillot et devant venir ce jour-là à Bruxelles, il me demanda de passer chez lui dans la journée. Je me rendis donc au Park Village, mais Kargbo n’était pas chez lui. Par contre, je vis pleins de meubles, de vêtements, d’appareils hi-fi, des télévisions, des photos, des cadres, plein de choses, à même le sol, devant le bâtiment. Parmi elles, j’en reconnus certaines appartenant à Kargbo car je les avais vues lors d’une de mes récentes visites chez lui. Un voisin me dit que c’étaient les huissiers qui les avaient abandonnées là, mais qu’ils allaient revenir. Il s’avéra que les autres affaires appartenaient à Brezic et à Thiago, qui étaient à ce moment-là respectivement en Slovénie et en Suisse. Je parvins à joindre Kargbo, qui était encore à Anvers. Il revint dare-dare et put ainsi récupérer quelques objets. Je réussis aussi à contacter Brezic, qui immédiatement décida de revenir en Belgique. Pendant ce temps-là, avec l’aide d’un employé communal, nous avions déposé ses affaires et celles de Thiago dans la conciergerie, toujours inoccupée. Mais autour de cette maison traînaient toujours des bandes de jeunes et, pendant la nuit, toutes ces choses furent volées… Il ne faut pas chercher plus loin les coupables. Lorsque Brezic revint de Slovénie, il n’y avait plus rien, on lui avait tout pris. Brezic (qui, incroyablement, avait le salaire le plus important du club), s’était acheté plusieurs appareils de très grande qualité, comme une chaîne Bang & Olufsen par exemple, et plein d’autres choses du genre. Il perdit tout. Je me souviens encore de son air à la fois furieux et dégoûté. Il me dit : « Désolé, je n’ai rien contre les supporters comme toi, mais je ne veux plus jamais entendre parler de ce club. Comment peut-on traiter les gens de cette façon? » On ne pouvait pas lui donner entièrement tort… » Il y eut bien sûr d’autres situations dramatiques mais, n’en connaissant pas les détails, je ne citerai que celles-ci. Mais tous avaient été abandonnés par les dirigeants.
Ils parvinrent encore à vendre Laurent Fassotte au Lierse, à un moment où nous espérions encore pouvoir décrocher la licence. Cela sonnait comme un aveu d’échec de leur part. Fassotte attendit jusqu’au dernier moment mais lorsqu’il vit que la situation était inextricable, notre capitaine prit ses responsabilités : « Sachant que la carrière de footballeur est courte et que les difficultés financières perduraient, mon agent, Freddy Luyckx, a pris les devants en sondant les clubs potentiellement intéressés par ma personne. Tout en sachant que mon choix n°1 restait le RWDM si celui-ci continuait sa route en D1. Jamais je n'ai imaginé la disparition pure et simple du club. Une descente en D3 devenant incontournable, je ne me voyais pas redescendre avec le club après avoir goûté à la D1. Je ne voulais pas rester sur le carreau et perdre l'expérience acquise durant cette magnifique campagne. Mon transfert s'est déroulé comme toute négociation. Messieurs Simar, Closset et De Prins m'ont permis de quitter le club en acceptant le transfert. » Ceux-ci ne désarmaient pas : ils interjetaient appel contre la décision de la Commission de contrôle! Entre-temps, le calendrier de D1 avait été publié. Pour la première journée de championnat, nous devions recevoir les nouveaux promus de Mons…Quelques jours avant le jugement de cet appel, De Prins déclara que l’argent arriverait incessamment. Il était censé être aux Etats-Unis avant d’arriver en Belgique, le club ayant déboursé la coquette somme de 95.000 euros de frais pour pouvoir le débloquer! Avant de savoir ce qu’il en était réellement, je trouvais cela déjà plus que douteux. J’ai travaillé pendant plusieurs années dans une société de bourse où nous travaillions souvent avec l’Afrique du Sud, faisant transiter des sommes importantes entre ce pays et le nôtre. Au maximum, cela prenait un jour, parfois deux. Et s’il y avait des frais de transactions et de transferts, cela n’atteignait au grand jamais de telles proportions.
C’est le lundi 24 juin, étant pour la énième fois à l’UB, que nous vîmes, pour la plupart, pour la dernière fois Eric De Prins. Il quittait la Maison de Verre par la porte de derrière afin d’éviter de nous rencontrer et de monter le plus vite possible dans la voiture qui l’attendait. Le Gosse fut le dernier à entendre le son de sa voix. Courant littéralement derrière lui pour lui demander où on en était, il reçut la réponse suivante : « L’argent est disponible. » Puis, plus rien. Plus personne, sauf ceux entretenant des contacts professionnels en dehors du football avec lui, n’en entendit parler. Il changea de numéros de téléphone et de GSM et lorsque quelqu’un se rendait au siège de sa société, il n’y était pour personne… Le verdict de cet appel devait être rendu le 28 juin. Mais avant que l’UB ne rende publique sa décision, les dirigeants du RWDM jetaient l’éponge. Ils dirent avoir été victimes d’une escroquerie, nommée « Advance Fee Fraud ». Il s’agit d’une technique bien connue dans le milieu de la finance et qui est l’œuvre, en général, de ressortissants du Nigeria. Il y a moyen de trouver le descriptif complet de la méthode sur le site Internet des services secrets des Etats-Unis, rien de moins. Voici comment cela se passe généralement :
- Une compagnie reçoit une lettre ou un fax provenant des soi-disant représentants d’un gouvernement étranger.
- Ils vous proposent de transférer des millions de dollars US auprès de votre compte en banque personnel.
- Ils vous demandent ensuite de lui procurer des lettres vierges à l’en-tête de votre compagnie ou organisation avec vos numéros de comptes et téléphones.
- Vous recevez ensuite plusieurs documents avec des sigles et logos paraissant officiels attestant l’authenticité de la proposition.
- Et finalement, ils vous demandent de leur verser une avance afin de couvrir tous les frais administratifs couvrant l’opération.
- Puis, vous n’entendez plus jamais parler d’eux.
Il y a quand même des trucs bizarres dans cette histoire. Les millions d’Igor, d’où viennent-ils? Soit ils lui appartiennent. Mais le gars est un gros manager et fait souvent des transactions internationales. Je l’imagine mal utiliser exceptionnellement les services inhabituels même d’un gouvernement qui vient vers lui plutôt que de procéder comme il doit toujours le faire d’habitude. Soit la société bidon est venue à lui en lui « offrant » les millions. Et alors, on a affaire à une bande de naïfs… C’est de cela que De Prins dit avoir été victime et c’est ce qui clôtura définitivement cette pénible saga de la licence. La D3 était maintenant une réalité. Une fois de plus, aujourd’hui, je signerais à deux mains pour cette solution. Les avocats de De Prins l’annoncèrent officiellement lors d’une conférence de presse organisée la veille de notre passage suivant à l’UB.
Voici le communiqué officiel :
« Une enquête approfondie menée par les conseils du RWDM sur base de documents qui ont été obtenus ces derniers jours, a démontré que l'apport financier promis par Monsieur Zavgorodni, ne sera pas disponible.
Monsieur Zavgorodni, le RWDM et Monsieur De Prins sont les victimes de ce qui est communément appelé advance fee fraud (NDLR: commissions frauduleusement réclamées pour un transfert de fonds), fraude pour laquelle des suspicions antérieures existaient déjà sans que celle-ci n'ait pu être établie.
Monsieur De Prins a, contrairement à ces indications, continué à mettre à disposition des fonds afin de rendre réalisable le transfert de l'apport vital pour l'avenir du club par Monsieur Zavgorodni, et a dès lors payé des feesconsidérables aux organisations qui allaient procéder au transfert en question. Une enquête pénale sera conduite avec constitution de partie civile par Monsieur De Prins, M.Zavgorodni et l'ASBL RWDM afin d'identifier les responsables. Le RWDM demandera la réouverture des débats, conformément à l'art.722 C.J. dans la procédure de transfert du patrimoine. Vu la situation actuelle, il ne nous est pas possible de réaliser un transfert de patrimoine non sanctionnable, qui impliquerait le maintien du club en première division. Le RWDM compte dès lors sur le fait que l'Union Belge, à la vue de ces nouveaux éléments, déclarera la procédure de transfert de patrimoine recevable, et que la nouvelle société RWDM pourra ainsi obtenir une licence pour la D2. »
Le lendemain, l’Union Belge confirma son verdict : la D3. Pas question de D2 non plus. Quel incroyable gâchis! Tant d’espoirs pour rien. Nos dirigeants avaient eu tout faux. De Cock, le Russe, tout avait lamentablement échoué. Au lieu de s’obstiner, ils auraient bien entendu mieux fait d’adopter la solution choisie par Alost. Mais c’est facile à dire aujourd’hui… C’est ce que l’Union Belge leur avait aussi laissé entendre au commencement de cette affaire. Jean-Marie Philips, aujourd’hui président de la Ligue Pro (instigateur de la licence) : « Lorsque Messieurs De Prins et De Cock sont venus me voir avant de remettre leur premier dossier, je leur ai conseillé de suivre cette voie. Mais il m’affirmèrent que le club s’en tirerait. J’en doutais fortement et je suis même retourné voir De Prins, au siège de son entreprise, afin de tenter de le faire changer d’avis. En vain. »
A partir de ce moment-là, tous disparurent dans la nature ou presque. De Prins laissa le club à l’abandon. Les joueurs, quant à eux, essayaient de se recaser. C’étaient de bonnes affaires : ils étaient tous libres et ne coûtaient donc aucune indemnité de transfert. C’est ainsi qu’Alexander Kolotilko et Ibrahim Kargbo se lièrent finalement à Charleroi (bien que dans le cas du Russe, un sponsor du club se « sucra » encore au passage sur son transfert avec la complicité de notre ancien manager…). Pendant toute la saison, on nous avait dit que ces deux garçons allaient rapporter beaucoup d’argent au RWDM, surtout Kargbo. Et voilà qu’ils s’en allaient pour rien… Sur un plan personnel, j’étais déçu que Kargbo aille à Charleroi. Un joueur de son talent mérite autre chose. C’est probablement le dernier grand joueur potentiel que nous avons vu évoluer au stade Machtens. A lui de prouver maintenant qu’il vaut mieux que Charleroi. Marius Mitu rejoignit Laurent Fassotte et Jimmy Smet (le club n’ayant jamais levé l’option sur lui, son départ était déjà certain depuis quelque temps) au Lierse, qui devenait presque un RWDM bis avec Ferrera, Gadiaga et Steve Laeremans. Cela portait à six le nombre d’ex-Molenbeekois à la Chaussée du Lisp, sans oublier Van Holsbeeck et Soors. Les autres qui étaient parvenu à se recaser étaient Kris Temmerman (Denderleeuw), Mike Origi (Heusden), Edin Ramcic (KV Ostende, en D3), Kris Van de Putte (Mons), Ricardo Magro (La Louvière), Tom Meyers (La Louvière), Maxence Coveliers (Mons), David Rimbold (Wuppertal SV, en D4 allemande), Danijel Brezic (Maribor, en Slovénie), Ivica Jarakovic (Courtrai, après être retourné à Anderlecht), Nicolas Timmermans (Strombeek) et Dirk Van Oekelen (Beveren). Beveren est devenu un club haï à Molenbeek mais personne n’en veut à Dirk d’y être passé. Il est simplement heureux pour lui d’avoir réussi à retrouver un club. J’ai perdu la trace de Thiago (retour en Suisse ou au Brésil?), de Nicola Wellens et de Yilmaz Seker. Les autres tentèrent aussi de retrouver un employeur, mais en vain. Il s’agissait de Bernard Allou, Jonathan Butera, Lambert Smid, Gert Doumen, Eric Matoukou, Afrim Salievski et Charly Okonedo. Il n’y avait plus rien, plus personne au stade Machtens. Pendant cette période noire, il fut de nombreuses fois visité par des vandales et des voleurs (même s’il ne restait plus grand-chose à prendre). Nous entrions dans une période de néant total. La majorité des joueurs, plus payés depuis février, avaient porté plainte mais jusqu’à ce jour, personne n’a touché son dû. Certains attendaient même d’être payés depuis plus longtemps encore, comme Ariël Jacobs, pourtant plus au club depuis plus d’un an, ou Patrick Thairet, qui ne reçut jamais les primes promises pour la qualification au tour final et la montée. Un manque à gagner de près de deux millions de FB. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
Le RWDM bénéficia d’une ultime chance le 23 juillet (le jour de mon anniversaire!), convoqué une énième fois devant l’Union Belge dans le cadre de son pourvoi en évocation. Mais nos dirigeants (puisqu’il faut bien encore les nommer ainsi) brillèrent par leur absence… La toute dernière fois que De Prins se manifesta, c’était par ce pathétique message publié via le site Internet www.bxlboys.be. Pathétique, mais aussi prophétique (ou était ce un délit d’initié?) lorsqu’il parla de collaboration avec Strombeek.
« Après une période de marasme et de profonde tristesse, il est temps de se ressaisir et d'entamer les démarches afin de ramener au Stade Machtens une équipe pouvant jouer dans les 2 ans au plus haut niveau. Un joint-venture avec Strombeek est une piste plus que probable. Ramener le club en Division I fut pour moi un défi mené à bien, mais me sachant trop esseulé, il me fallait trouver de nouveaux partenaires gestionnaires et financiers. C'est ainsi que plusieurs transactions furent menées. La piste Suwier, amenée de bonne foi par M. Simar, fut un échec malgré des promesses concrètes. La piste Franca (Brésil) avec contrat signé entre les parties et avocats à New York (pour 2, 5 millions de $!). La piste Sportico - De Cock - exsangue de moyens financiers. Et, enfin, la piste Sud-africaine d'Igor Zavgorodni, garantissant par conventions et actes notariés un apport de 3.5 millions de $! Un leurre! Toutes ces tentatives se sont avérées stériles et illusoires. Entre-temps tout le monde ou presque a quitté le navire. Il serait injuste de me donner le cliché de mauvais gestionnaire, mais tout au plus d'avoir cru aux paroles données, aux contrats et actes notariés signés. Le monde du foot est-il donc si différent du monde des affaires? »
Marc Wuyts reprit les quelques joueurs qui n’avaient pu se recaser en les entraînant au stade Machtens. Il y en avait aussi quelques-uns laissés sur le carreau par d’autres clubs, tels que Elias, Camara ou Keita. Parfois, certains joueurs en partance venaient entretenir leur condition lors de ces entraînements, comme Kolotilko ou Matoukou, qui venait de signer à Genk par qui il fut prêté à Heusden. Le comble, c’est que son manager, Freddy Smets, toucha encore sa commission sur ce transfert. Triste monde. La relégation en D3 était officielle mais le pire était encore à venir. Le club risquait purement et simplement la radiation s’il ne s’acquittait pas pour le 8 août d’une partie de sa dette fédérale. Celle-ci s’élevait à près de 71.000 euros (soit seulement un peu plus de 2.864.000 FB, une grosse somme pour le commun des mortels, mais certainement pas introuvable dans le monde du football). L’UB exigeait dans un premier temps le paiement d’une partie de celle-ci, exactement 39.413 euros. Personne ne semblant se manifester pour tenter de sauver le club, quelques supporters retroussèrent leurs manches. Une réunion surréaliste fut organisée dans les business seats du stade pour tenter de réunir la somme. Finalement, certaines personnes promirent de la débourser. En tant qu’instigateurs de l’action de soutien « We Will Never Die » et possédant également quelques deniers du « car scolaire », nous pouvions également mettre près de 10.000 euros sur la table. De cette soirée, je ne veux pas trop me souvenir ni parler. Je regrette seulement que des gens, qui à l’époque semblaient vouloir sauver le RWDM par tous les moyens et parlaient même de recommencer si nécessaire en 4ème Provinciale, aient aujourd’hui tourné casaque et soient passés de l’autre côté de la barrière. Je ne me permettrai pas de les juger, mais c’est triste. Où est passé leur fierté? Soit. Armés de bonne volonté et d’une foi qui soulève les montagnes, quelques supporters (dont le Gosse) contactèrent le curateur nommé par le Tribunal du Commerce, M. Walraevens. Ici, des choses incroyables voir inconcevables eurent lieu. Ni le curateur ni l’Union Belge n’étaient en mesure de dire combien exactement les repreneurs potentiels allaient devoir payer pour reprendre le matricule 47. Car après avoir réglé la dette fédérale, il s’agissait aussi de payer les autres dettes, que personne n’était en mesure de déterminer mais qui étaient très importantes! C’étaient les salaires impayés, les fournisseurs impayés, beaucoup d’argent quoi… Personne n’osa s’engager, ce que je comprends fort bien. Gosse eut même le papier de la reprise en mains. Il lui suffisait de signer pour qu’il soit le repreneur du club.
Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Si les dettes fédérales avaient été payées, le RWDM jouerait la saison 2002-2003 en D3. En cas de non-paiement des autres dettes, le club aurait été rétrogradé la saison suivante, en Promotion, ou en Provinciale s’il avait été descendant sportif. En cas de montée sur le terrain, il restait en D3. C’est ce que fit Courtrai il y a deux ans : la même mésaventure lui était arrivée, mais il remporta le tour final de D3 (c’était à l’Union contre Walhain), ce qui lui permit de rester en D3, où ce club joue encore aujourd’hui. Turnhout fut relégué en Promotion l’an passé car il n’était pas parvenu à monter comme Courtrai. Mais il semble que ce scénario ne pouvait pas s’appliquer au RWDM ou que personne n’osa ou ne voulut. Il faut préciser que dans les formations précitées, il y avait encore des dirigeants qui étaient désireux de sauver leur club. Chez nous, il n’y en avait plus. Et personne pour reprendre le flambeau. Un vrai meurtre de club de leur part. L’histoire retiendra que le dernier résultat « officiel » du club fut la forfait déclaré par le curateur pour le match de coupe de Belgique que le RWDM devait disputer à Walhain.
Un des seuls qui tenta quelque chose fut Marc Wuyts. Le 5 août, trois jours avant la date fatidique, il organisa une réunion dans une salle de sport à Jette. Il y avait là Wuyts, Jacques Colson, le président de l’école des jeunes Roland Buggenhout, les « investisseurs » de l’autre jour (la réunion au stade) et des invités inattendus : deux Camerounais proche de Gilbert Kadji et qui affirmaient que leur oncle (ils disaient être ses neveus) était en mesure de payer sans problèmes 2 millions d’euros! Qui est Gilbert Kadji? Il s’agit d’un homme d’affaires camerounais, propriétaire de la plus grande brasserie du pays. Mais surtout, il était l’actionnaire principal du FC Sion (Suisse) et du FC Rouen (D3 française). Rien de concret ne déboucha de cette soirée. Quelques jours avant celle-ci, on avait même parlé d’une offre de reprise par une compagnie aérienne-fantôme, Olympic Air, dont je n’ai plus jamais entendu parler par la suite. Deux jour plus tard, veille du jour J, les mêmes, Camerounais compris, remettaient cela au Nouveau Daring. La situation ne changea pas d’un iota. Les gens qui prétendaient vouloir régler la dette fédérale n’osaient plus s’avancer. Peur des autres dettes…
Arriva le jour fatidique. L’Union Belge se réunissait à 16h00. Au travail, j’avais toutes les peines du monde à me concentrer, guettant des nouvelles en provenance de la Maison de Verre. En fin d’après-midi, rien n’avait bougé et je m’étais résigné à notre triste sort. J’avais même été m’enfermer dans les toilettes pour y écraser quelques larmes… Mais peu après 16h00, le miracle se produisit : Speedy, qui était dans les parages de l’UB, me téléphona pour me dire que les avocats de…Johan Vermeersch venaient d’envoyer un fax à l’UB affirmant que leur client était disposé à payer la dette sous certaines garanties! Nous bénéficions d’un nouveau sursis! Vermeersch qui, depuis son départ tumultueux en 1997, n’avait plus donné signe de vie au RWDM, sortait de l’ombre. Bon sang, mais c’était bien sûr! Il ne pouvait pas nous laisser tomber! Nous étions persuadés que notre sauvetage était en bonne voie maintenant que Vermeersch était là… Hélas, l’immense déception qui s’ensuivra n’eut d’égal que l’incroyable espoir que son intervention suscita. Jusqu’au bout, nous allions boire le calice jusqu’à la lie. Mais à ce moment du récit, les sourires revenaient. Une chose nous étonna pourtant dans cette démarche : lorsque les supporters désireux de sauver le club demandèrent à rencontrer l’Union Belge, ils avaient pratiquement été éconduits comme des malpropres. En tous cas, ils n’avaient pas été pris au sérieux. Mais lorsque monsieur Vermeersch montrait le bout de son nez, l’Union Belge retardait la radiation…
Quatre jours plus tard, le lundi 12 août, Vermeersch demanda à rencontrer quelques supporters. Lors de cette entrevue, il nous lança un appel afin de réunir la somme nécessaire pour éviter la radiation. De son côté, il nous affirma pouvoir « négocier » avec l’Union Belge pour nous éviter de payer les autres dettes, que l’on estimait à plus de 250 millions de FB. Nous étions sortis de ses bureaux de Ternat pleins d’espoir. Une fois de plus, nous avions été naïfs. Déjà, il nous parla de son intention de créer un « grand » club bruxellois, le FC Brussels (il cita déjà le nom à l’époque). Par contre, pas un mot sur Strombeek. Un compte fut ouvert à cet effet, sous le nom « RWDM 2002-2003 en formation ». En cas d’échec, il s’engageait à rembourser les gens ayant donné de l’argent. Mais le vendredi 16 août, en plein week-end de l’Assomption, arguant que les 39.413 euros n’étaient pas arrivés sur son compte, l’Union Belge radia le RWDM. C’est le secrétaire général de la fédération, Jean-Paul Houben, qui prit la décision. Etonnant tout de même, alors que, selon ses statuts, ce genre de décision doit être pris par le comité exécutif. Après 29 ans, le RWDM était assassiné. Un week-end de 15 août, des clubs ayant fait l’histoire du football belge comme le Racing de Bruxelles, le White Star et le Daring étaient rayés de la carte… Sur ce, les avocats de Johan Vermeersch assignèrent l’Union Belge en référé. Motif : la fédération n’avait pas respecté ses propres règlements.
De son côté, Marc Wuyts entraînait toujours au stade Machtens un groupe de joueurs laissés sur le carreau. Et, ô miracle, le 21 août, un match amical était organisé au stade Machtens contre l’Olympic de Charleroi, la nouvelle équipe de Patrick Thairet. Je ne le savais pas encore à ce moment-là, mais Johan Vermeersch n’était pour rien dans la mise sur pied de cette rencontre. Le fait qu’il n’était pas présent au stade ce jour-là aurait déjà dû me mettre la puce à l’oreille. Par après, j’appris même qu’il ne le cautionnait pas du tout et qu’il tenta de mettre des bâtons dans les roues des organisateurs (en utilisant les complicités de personnes qui lui étaient entièrement dévoués et qui gravitaient encore au stade Machtens), qui n’étaient autres que Marc Wuyts et Jacques Colson. La commune autorisa néanmoins le match. L’entrée était gratuite mais des cartes de soutien pour l’école des jeunes furent mises en vente. La somme récoltée fit d’ailleurs l’objet de certaines polémiques, mais je n’entrerai pas dans les détails.
Le ticket du match de l’espoir déçu. / Un glorieux ancien qui avait tenu à en être : Michel De Wolf
L’équipe du RWDM qui affronta l’Olympic / A ce moment-là, nous voulions encore y croire,
mais nous ne savions pas tout…
Ce fut une magnifique soirée. Près de quatre mois plus tard, enfin du football à nouveau, et pas avec n’importe quelle équipe : le RWD Molenbeek! Presque 2.500 personnes se pressèrent au stade Machtens, un mercredi soir en plein mois d’août, pour un match annoncé seulement deux jours avant. Le RWDM n’était donc pas tout à fait mort et bénéficiait même encore d’un important capital sympathie, malgré ce que déclara M. Vermeersch moins d’un mois plus tard. Le coup d’envoi de la partie fut donné par Michel De Wolf, et on notait la présence au stade de Laurent Fassotte, Alexander Kolotilko, David Rimbold, Jacques Teugels et Alan Haydock. Malgré le fait que l’Union jouait le même soir un match amical face à Strombeek, plus d’une vingtaine de fidèles parmi les fidèles des supporters unionistes avaient rallié notre stade. Un soutien qui fit chaud au cœur à tous les Molenbeekois. Il y eut toujours une rivalité amicale entre le Daring et l’Union. Les descendants de leurs glorieux aînés étaient à la hauteur. Je profite encore une fois de l’occasion pour remercier les Unionistes. Ils sont la preuve vivante que le football, même au troisième millénaire, peut encore générer des émotions et être une véritable fête plutôt qu’une sordide affaire d’argent. Des supporters d’une autre Union, celle de Namur, en étaient aussi. Pour l’anecdote, l’Olympic s’imposa 2-3 mais le RWDM, avec Butera, Salievski, Allou, Vandewalle, Sukama et le revenant Bakalli (qui, après son expérience anglaise à Watford, n’avait plus de club) avait été la meilleure équipe sur le terrain. Quelle soirée! Elle se termina d’ailleurs fort tard au Nouveau Daring.
Le samedi 24 août, ce fut encore mieux. Un autre match amical avait été mis sur pied, à Strombeek cette fois. Il y avait deux ou trois cent Molenbeekois présents au Singel, ce qui constituait plus des neuf-dixièmes de l’assistance. Pendant tout le match, nous n’avons pas arrêté de chanter des hymnes à la gloire du RWDM. Lorsque nos couleurs égalisèrent à 2-2, l’énorme cri de joie collectif qui émana des gorges molenbeekoises fut incroyable. C’était comme si on avait remporté la coupe d’Europe…. C’est à peine exagéré, car c’était un grand cri d’amour de notre part pour notre club meurtri. Après la partie, nous prîmes nos quartiers au « Toekomst », un bistrot strombeekois situé pas loin du petit stade. La fête, une fois encore, se prolongea jusque tard dans la nuit.
Ambiance molenbeekois exceptionelle au Singel de Strombeek
Le mercredi suivant, le 28 août, une troisième et dernière rencontre eut lieu, une nouvelle fois au stade Machtens, contre Rhode-Verrewinkel. Il y avait moins de monde que la semaine précédente. Peut-être que les gens se dirent que c’était définitivement reparti.. Sous les yeux de Johan Boskamp, le RWDM s’imposa facilement par 4-0. C’est Jonathan Butera qui inscrivit le dernier but de notre histoire.
Le lendemain eurent lieu les plaidoiries devant le tribunal de première instance siégeant en référé à la suite de la plainte de Johan Vermeersch. La commune de Molenbeek-St-Jean avait aussi dépêché son avocat. L’audience était ouverte au public, mais je ne m’y étais pas rendu. Everton, qui lui y était, me dit qu’il avait l’impression que les choses ne s’étaient pas trop bien passées pour nous et qu’il n’était guère optimiste. Mais ensuite, il discuta avec Vermeersch, qui lui annonça de but en blanc qu’à partir du 15 septembre, le KFC Strombeek jouerait au stade Machtens! Lorsque j’appris cette nouvelle, c’est comme si je reçus un violent coup de poing dans le visage. Alors que l’espoir était encore sensé subsister, Vermeersch nous annonçait cela… J’étais K.O. debout.
D’autres matches amicaux devaient avoir lieu, à Overijse mais aussi contre le Lierse (ce ne fut jamais annoncé, mais c’est Marc Wuyts qui me le confirma). Mais tout fut annulé. Ainsi finit la belle histoire du RWDM. Ce qui se passa par la suite est une autre histoire, ce n’est pas celle de mon club, le Racing White Daring Molenbeek. Après avoir au début tenté d’adhérer au projet de Vermeersch, j’ai rapidement renoncé, comme pas mal d’autres de mes amis supporters. Il y eut encore de nombreuses péripéties et surtout de nombreuses déceptions et de mauvais moments. Quel est l’intérêt de suivre une équipe lorsque votre cœur ne s’emplit pas de joie au moment d’un but marqué ou que vous ne ressentiez une déception lorsqu’elle encaisse? Absolument aucun. Je voudrais terminer cette longue histoire en remerciant tous ceux qui m’ont permis de passer de si merveilleux moments auprès de mon, de notre club, le R.W.D.M., quatre lettres magiques. Mon grand-père, mes amis supporters, tous les joueurs (enfin, pas tous mais presque) et tous ceux qui se dévouèrent corps et âme pour notre club. Quant à ceux qui profitèrent de nous et ceux qui nous tuèrent, je vous méprise.
Le RWDM n’est pas mort. Non, il vit toujours dans nos cœurs et dans nos mémoires.
Il ne se passe pas un jour sans que je pense à tous ces bons moments.
Stéphane Lievens, septembre 2002-avril 2003.