INTRODUCTION

Le RWDM était mon club. Depuis qu'un beau jour de septembre 1973, âgé d'un peu plus de 7 ans, je me suis rendu au stade Edmond Machtens en compagnie de mon père, c'était devenu ma deuxième maison. Pendant 29 ans, ce club a ensoleillé ma vie.
J'y ai tout vu, tout vécu : de grandes joies, de la tristesse et, surtout, des moments inoubliables. J'y ai rencontré des gens formidables (d'autres beaucoup moins mais eux, je préfère les oublier) et noué des amitiés que j'espère indéfectibles.

En 29 ans, le football a énormément changé. Et pas en bien. Au début, tout le monde pouvait se rendre au stade sans devoir se demander s'il allait avoir un ticket ou non. Dans bien des stades, on pouvait changer de côté à la mi-temps si on avait envie de voir attaquer son équipe de plus près. Et il y avait du monde. Même au RWDM, qui a toujours eu la réputation de ne pas en attirer, le stade était bien rempli. On pouvait boire tranquillement son verre ou déguster (?) son hot-dog en regardant le match. Je me souviens même d'un marchand de glaces qui circulait dans les gradins en hurlant " Friscos ! Chocolats glacés ! ". Partout, il régnait une ambiance bon enfant mais néanmoins passionnée.

Puis vinrent les premiers troubles et les premiers hooligans, calqués sur le modèle anglais (les premiers véritables cas de hooliganisme organisé datent de la fin des années 60 en Angleterre et le mouvement prit son véritable essor dans les années 70). Durant les années 80, j'eus l'occasion de côtoyer ce phénomène nouveau pour la Belgique. Sans pour autant le rechercher. A cette époque, il était pratiquement impossible de l'ignorer.

Beaucoup plus tard, alors que le ver était déjà depuis longtemps dans le fruit, les autorités prirent des mesures pour tenter d'endiguer le hooliganisme. Mais ce sont surtout les supporters de base, qui représentaient tout de même l'écrasante majorité des spectateurs, qui en payèrent les pots cassés. Comme souvent dans notre pays, on fit tout à l'envers. Au lieu de s'attaquer à la racine du mal, on imposa petit à petit des mesures de sécurité draconiennes qui culminèrent par la création de la Fan Card, une aberration qui a dégoûté bon nombre de gens de se rendre encore au stade tant les obstacles sont devenus nombreux.

En D1, certainement, le foot n'est plus une fête aujourd'hui. En déplacement, les supporters visiteurs sont presque toujours placés dans une sorte de cage où la visibilité est souvent nulle et le prix prohibitif. Mais l'évolution du football n'est simplement que le reflet de celle de notre société…  

Au début, donc, j'allais avec mon père dans ce qui était l'ancienne tribune 2, tout à fait sur la gauche de celle-ci. C'était ce qu'on appelait la "vieille tribune". Elle datait de 1920, lors de la construction du premier stade du Daring qui, à l'époque, était un stade modèle. Elle était aussi l'âme du RWDM et c'est là que je connus parmi les plus beaux moments de ma vie de supporter. A l'époque, il y avait encore un certain clivage, plus folklorique qu'autre chose, entre les supporters molenbeekois côté piscine et ceux d'en face. Combien de fois, étant gamin, je n'entendis mes voisins se plaindre : " Ca y est ! Ils jouent encore du côté de la nouvelle tribune pour se montrer devant eux ! ". Les occupants de ladite nouvelle tribune avaient en effet la réputation d'être plus " snobs " que ceux fréquentant l'ancienne. Lorsqu'il y avait du soleil, les occupants de la " grande tribune " l'avaient en pleine figure, et cela faisait bien rire mes voisins !

Devenu assez grand pour aller tout seul au stade, je pris tout naturellement place dans le "kop", situé en dessous des places assises. En ce temps-là, le "kop" était un endroit impressionnant et, en tant que gamin, il fallait s'y faire sa place. Au début, je suivais nombre de matches contre les grilles, à hauteur du terrain, avant de venir un peu plus haut. Par la suite, après un intermède d'une ou deux saisons vécues derrière les buts où eut lieu une tentative de créer un second "kop", je me déplaçai (tout naturellement diront certains) un petit peu plus vers la grande buvette située dans la tribune et c'est de cet endroit dans les gradins debout que je vécus les dernières années de ce monument, témoin de l'histoire de notre glorieux ancêtre, "den Daring".

En 1993, je ressentis un premier déchirement, avec la destruction de cette tribune et l'érection d'une nouvelle, oeuvre démesurée pour un club comme le nôtre qui n'a jamais eu besoin d'un tel mastodonte et qui contribua, elle aussi, à notre perte. J'émigrai donc avec mes fidèles compagnons dans la "tribune L'Ecluse", révolutionnaire à l'époque de sa construction mais qui, depuis lors, par manque d'entretien, est tombée en décrépitude. Nous avons trouvé petit à petit notre place dans le Bloc A, là où se trouvaient évidemment les supporters les plus "motivés", tout à fait à l'opposé de l'ancien emplacement où j'avais connu mes premiers émois de supporter.

Je n'ai jamais regretté mon choix de suivre le RWDM, même si c'était parfois particulièrement difficile et que nous n'avons jamais bénéficié d'un soutien inconditionnel dans les médias, c'est le moins que l'ont puisse dire… Pourtant, des sacrifices pour suivre notre club, Dieu sait si j'en ai faits… Et cela alla en s'accentuant ces dernières années. Je me souviens que, pratiquement depuis le début, le RWDM avait des difficultés financières. Il a toujours été un endroit propice pour les requins de tous bords et une certaine forme d'incompétence y a toujours été endémique. La proximité du voisin anderlechtois a également constitué un facteur néfaste, d'autant plus que le club, au début de ses années de gloire, a commis l'erreur de vouloir le concurrencer. Qui ne se souvient pas de la célèbre phrase de Jean-Baptiste L'Ecluse qui déclara, après notre titre de champions de Belgique, vouloir construire un building sur le Parc Astrid ? Impossible, malheureusement. Et depuis, le déclin fut progressif…

C'est grâce à mon grand-père que je suis devenu supporter du RWDM. C'était un Daringman de toujours. Même s'il ne joua jamais en équipe première, il évolua au Daring dans les équipes de jeunes, aux côtés d'un certain Raymond Goethals, qui plus tard défendit les buts de l'équipe première. Tous les dimanches, lors des rencontres à domicile, il était au stade Oscar Bossaert et vécut sur les gradins le célèbre Daring-Union de 1935 qui mit fin à la légendaire série de 60 matches sans défaite du club Saint-Gillois.

      









La carte de membre émérite du Daring décernée à mon grand-père en 1965. / Au secrétariat en 1996.

A partir de 1949, il a été de longues années délégué d'équipes de jeunes et membre actif du comité des fêtes. Après la fusion, il travailla pratiquement jusqu'à la fin de sa vie au secrétariat en tant que bénévole. Il s'éteignit malheureusement en janvier 1998 et le 18/1/1998, lors d'un match contre le Germinal Ekeren, il y eut une minute de silence en son honneur. C'est lui qui me donna le virus et c'est à lui que je voudrais dédier ce livre, témoignage de ce que fut le RWDM vu par un supporter.

AVERTISSEMENT : comme le titre de ce livre l'indique, les lignes qui vont suivre ont été écrite par un supporter. Elles sont donc, par définition, parfois subjectives. Que ceux que j' " égratine " quelque peu veuillent bien me pardonner…

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Stéphane Lievens
Auteur
olivier Lebbe
Editeur